Masi commandait l’arrière-garde.

A peine fus-je dans la campagne, que je reconnus avoir fait une fausse manœuvre en ordonnant de mettre les chemises sur les uniformes. Nos hommes étaient visibles comme en plein jour; ils n’eussent pas fait cent pas, que les Français auraient cru qu’ils allaient être attaqués par une armée de fantômes.

J’ordonnai d’enlever les chemises. Il va sans dire que pas un soldat ne prit la peine de remettre la sienne dans l’endroit d’où il l’avait tirée.

Je chevauchais sur le flanc de la légion italienne, lorsque quelques soldats qui portaient une échelle, passant près d’une villa, voulurent s’assurer qu’elle était bien réellement aussi abandonnée qu’elle en avait l’air. Ils dressèrent leur échelle contre une des fenêtres du premier étage. Le régiment s’arrêta pour voir le résultat de la perquisition, laissant l’avant-garde continuer le chemin.

Cinq ou six hommes montèrent à l’échelle.

Tout à coup, un échelon se brise sous les pieds de celui qui était le plus élevé; il tombe sur le second, le second tombe sur le troisième, et tous, avec un épouvantable fracas, tombent à terre.

Dans la chute, deux fusils partent.

L’avant-garde, commandée par Hoffstetter et par Sacchi, deux de mes plus braves officiers, se croit surprise par les Français qu’elle va pour surprendre. Elle est envahie par une terreur panique: elle se rompt derrière Hoffstetter et Sacchi, lesquels restent isolés avec une vingtaine d’hommes, et revient sur nous d’une course désespérée, renversant du choc tout ce qu’elle rencontre sur son chemin. Manara tente de les arrêter, mais inutilement. Je me jette au milieu d’eux, et frappe en jurant à droite, à gauche, avec mon fouet de gaucho. Rien n’y fait, et je crois que, de la même course, tous mes gaillards seraient rentrés dans Rome, si les bersaglieri, à la tête desquels étaient deux chefs de bataillon et le capitaine Ferrari, n’eussent croisé la baïonnette sur les fugitifs.

Après le bruit qu’avait fait toute cette échauffourée, on ne pouvait pas supposer que les Français ne fussent point sur leurs gardes. Il fallut donc renoncer à l’entreprise.

Quant à moi, j’étais las de frapper sur toute cette canaille, et je rentrai en disant à Manara: