—Cher ami, nous avons eu tort de ne pas mettre les braves bersaglieri à l’avant-garde.

En effet, c’étaient des hommes merveilleux que les bersaglieri, et dont Manara devait être et était fier à bon droit. Lorsque je lui faisais demander un détachement de ses soldats, Manara avait l’habitude de dire:

—Allons, quarante hommes de bonne volonté pour une expédition dans laquelle un quart sera tué et l’autre quart blessé.

Et, malgré le programme, tout le régiment se présentait, si bien que, pour ne pas faire de jaloux, il fallait les tirer au sort.

Le 12, à midi, un bataillon du régiment de l’Union travaillait à exécuter une contre-approche dans la vigne à gauche de la via Vitellia, quand les Français tentèrent de les troubler dans leur travail. Aussitôt les majors Lanzi et Panizzi firent prendre les armes aux travailleurs, au corps de garde, et, avec une témérité incroyable, se lancèrent sur le parapet de la parallèle française. Ils furent accueillis par un feu terrible. Panizzi tomba frappé mortellement. Pietro Lanzi se mit à la tête de ses Bolonais; mais en un instant il eut le même sort que son compagnon, et tomba frappé au bras et à la poitrine. Cependant les autres, conduits par l’officier Meloni, tenaient encore le terrain, impuissants à poursuivre l’attaque, mais criant de toutes leurs forces: «Vive l’Italie!» et donnant ainsi courage à leurs compagnons. Le régiment de l’Union combattit, ce jour-là, avec une admirable valeur: pour ne pas perdre leur temps à recharger leurs armes, ils frappaient tantôt avec la baïonnette, tantôt avec la crosse de leurs fusils. D’autres, comme les Ajax et les Diomède de l’Iliade, prenaient des pavés et les lançaient sur leurs adversaires.

L’exaspération était telle, que le capitaine polonais Vern, qui avait plusieurs croix sur la poitrine, et, parmi ces croix, celle de la Légion d’honneur, gagnée en Afrique, debout sur la barricade, frappant sa poitrine du plat de sa main, criait:

—Ici, ici, tirez ici, sur la croix de la Légion d’honneur!

Une balle le frappa à la tête.

—Plus bas, cria-t-il, plus bas, maladroits!

Une seconde balle l’atteignit; on l’emporta hors de la mêlée. Il en revint et, depuis, alla mourir en Grèce.