J’assistais de mon belvédère à cette affaire. Quoique peu prodigue d’éloges,—ceux qui me connaissent me rendront cette justice,—je crus devoir en faire un rapport au gouvernement.

Le 14 mai au matin, je le crois du moins,—j’écris sans aucun point de repère et je puis me tromper de date,—nous déjeunions à la villa Spada, dans une chambre du troisième étage, avec Sacchi, Bueno et Corcelli; nous étions tous en manches de chemise; moi, un peu soucieux, car je venais de condamner à mort un de nos officiers, un Napolitain qui, pris de terreur dans la nuit, avait abandonné son poste, lorsque nous entendons des pas pressés dans le corridor. La porte s’ouvre; je jette un cri: c’était Anita qui venait me rejoindre, conduite par Orrigoni.

Ces messieurs, reconnaissant ma femme, passent leurs habits et nous laissent.

—Savez-vous à quoi elle s’est amusée, en venant de la via della Corrizi, ici, général? me demanda Orrigoni.

—Non.

—A s’arrêter le long de Saint-Pierre in Montorio pour regarder la batterie française. Tenez, voyez la poussière qui nous couvre tous les deux: c’est celle qu’ont faite les boulets en frappant sur la muraille. Et, comme je lui disais: «Venez donc, mais venez donc! il est inutile de nous faire tuer ici,» elle a répondu: «Mon cher, pour des catholiques, comment trouvez-vous que les Français arrangent les églises?»

Chère Anita! je la serrais contre mon cœur. Il me semblait que tout allait maintenant marcher selon mes désirs.

Mon bon ange était revenu à mes côtés.

Je regrettai de ne pouvoir accorder à Anita la première demande qu’elle me fit, et qui était la grâce de l’officier napolitain; mais il fallait un exemple. Je ne pouvais pas donner de récompenses à Medici pour son admirable conduite au Vascello, je dus donner une punition au lâche pour sa lâcheté.

Il fut fusillé.