XIX
LA SURPRISE

Le 13 juin, les Français avaient commencé un terrible bombardement. Sept batteries, vomissant incessamment le feu, battaient en brèche la face droite du troisième bastion de gauche, la courtine et la face gauche du deuxième bastion. Les autres s’occupaient particulièrement de la villa Spada et de la villa Savorelli, qui menaçait à chaque instant de nous tomber sur la tête, si bien qu’à mon grand regret je me vis, le 20, forcé de transporter mon quartier général au palais Corsini.

Il était impossible que j’y restasse; j’étais trop éloigné des murailles.

Il est vrai que je croyais pouvoir être tranquille. Attaqué tous les jours, tous les jours Medici, que nous appelions l’infatigable, repoussait les attaques et conservait son Vascello et ses cassines.

Je ne saurais trop dire et redire à son éloge que je ne sais pas comment il y a réussi.

Le 20 juin, trois brèches étaient praticables, malgré tout ce que nous avions fait, Manara et moi, pour nous opposer à l’effet des projectiles.

Au reste, je me faisais une fête de l’assaut. C’étaient des adversaires dignes de nous que ceux que nous avions en face de nous. Nous leur avions déjà montré que les Italiens savaient se battre. J’espérais leur montrer là ce que c’était qu’une lutte au couteau et au poignard.

Dans la soirée du 21, le deuxième bataillon de l’Union était de garde au bastion de gauche et à la défense de la brèche, ainsi que deux compagnies du 1er régiment qui devaient être changées. Elles prolongèrent cependant leur service jusqu’au jour, pour meilleure défense du troisième bastion à gauche.

La première et la cinquième compagnie des bersaglieri étaient de service au Vascello; la sixième et la septième, de garde aux approches de gauche, hors de la porte San-Pancracio, d’où s’étendaient nos sentinelles, sur la droite, jusqu’aux murs du casino et à peu de pas de la parallèle française.

Ce service était horriblement dangereux. Il ne se faisait que de nuit, et, un peu avant le jour, tous les postes étaient retirés et la garde de nuit rentrait dans les murs.