Le peu d’hommes valides qu’il y eût parmi nous chantaient des hymnes patriotiques, auxquels les blessés répondaient en chœur.
L’ennemi n’y comprenait rien.
Ce dont nous souffrions le plus, c’était du manque d’eau.
Les uns arrachaient des racines et les mâchaient; les autres suçaient des balles de plomb; quelques−uns burent leur urine.
Enfin, la nuit vint et, avec elle, un peu de fraîcheur.
Je serrai mes hommes en colonne, et plaçai les blessés au milieu. Deux seulement, qu’il était impossible de transporter, furent laissés sur le champ de bataille. Je recommandai bien à ma petite troupe de ne pas se disperser, et de se retirer dans la direction d’un petit bois.
L’ennemi s’en était emparé avant nous; mais il en fut vigoureusement chassé.
J’envoyai alors des explorateurs, qui revinrent me disant que l’ennemi avait mis presque tous ses hommes à terre et faisait paître ses chevaux. Sans doute se persuadait-il que c’étaient la faim et le manque de munitions qui nous avaient fait faire halte; la faim, nous ne la sentions pas; quant aux munitions, nous en avions trouvé, sur nos adversaires morts, autant que nous en avions voulu.
Maintenant, le plus difficile nous restait à faire.
L’ennemi était campé entre nous et le Salto; après un repos d’une heure, qui fit croire à nos adversaires que nous resterions toute la nuit où nous étions, j’ordonnai à mes hommes de se reformer en colonne, et, au pas de course, la baïonnette en avant, nous nous lançâmes comme un torrent au milieu d’eux.