L’ennemi n’en demanda pas davantage, il se retira. Aussi, mes hommes, qui retrouvaient tout en abondance au Salto, disaient-ils en s’adressant à moi:
—Tu nous as sauvés une première fois; mais Anzani nous a sauvés une seconde!
Le lendemain, j’écrivis cette lettre à la commission de la légion italienne à Montevideo:
«Frères,
»Avant-hier, nous avons eu, dans les champs de San-Antonio, à une lieue et demie de la ville, le plus terrible et le plus glorieux de nos combats. Les quatre compagnies de notre légion et une vingtaine d’hommes de cavalerie, réfugiés sous notre protection, non-seulement se sont défendus contre douze cents hommes de Servando Gomez, mais ont entièrement détruit l’infanterie ennemie, qui les avait assaillis au nombre de trois cents hommes. Le feu, commencé à midi, a fini à minuit.
»Ni le nombre des ennemis, ni ses charges répétées, ni sa masse de cavalerie, ni les attaques de ses fusiliers à pied, n’ont rien pu sur nous; quoique nous n’eussions d’autre abri qu’un hangar en ruine soutenu par quatre piliers, les légionnaires ont constamment repoussé les assauts des ennemis acharnés; tous les officiers se sont faits soldats dans cette journée; Anzani, qui était resté au Salto et auquel l’ennemi intima l’ordre de se rendre, répondit la mèche à la main et le pied sur la sainte-barbe de la batterie, quoique l’ennemi l’eût assuré que nous étions tous morts ou prisonniers.
»Nous avons eu trente morts et cinquante blessés; tous les officiers ont été frappés, moins Scarone, Saccarello aîné et Traversi, tous légèrement.
»Je ne donnerais pas aujourd’hui mon nom de légionnaire italien pour un monde d’or.
»A minuit, nous nous sommes mis en retraite sur le Salto; nous restions un peu plus de cent légionnaires sains et saufs. Ceux qui n’étaient que légèrement atteints marchaient en tête, contenant l’ennemi quand il s’émancipait par trop.
»Ah! c’est une affaire qui mérite d’être coulée en bronze!