Je risquais plus que personne, puisque j’étais encore sous le coup d’une condamnation à mort.
Je n’hésitai pas cependant,—ou, plutôt, je n’eusse pas hésité, car, reconnu par des hommes qui montaient une embarcation, mon nom se répandit aussitôt, et à peine mon nom fut-il répandu, que Nice tout entière se précipita vers le port, et qu’il fallut, au milieu des acclamations, accepter les fêtes qui nous étaient offertes de tous les côtés. Dès que l’on sut que j’étais à Nice, et que j’avais traversé l’Océan pour venir en aide à la liberté italienne, les volontaires accoururent de toutes parts.
Mais j’avais, pour le moment, des vues que je croyais meilleures.
De même que j’avais cru dans le pape Pie IX, je croyais dans le roi Charles-Albert; au lieu de me préoccuper de Medici, que j’avais expédié, comme je l’ai dit, à Via-Reggio, pour y organiser l’insurrection, trouvant l’insurrection organisée et le roi de Piémont à sa tête, je crus que ce que j’avais de mieux à faire était d’aller lui offrir mes services.
Je dis adieu à mon pauvre Anzani, adieu d’autant plus douloureux que nous savions tous deux que nous ne devions plus nous revoir, et je me rembarquai pour Gênes, d’où je gagnai le quartier général du roi Charles-Albert.
L’événement me prouva que j’avais eu tort. Nous nous quittâmes, le roi et moi, mécontents l’un de l’autre, et je revins à Turin, où j’appris la mort d’Anzani.
Je perdais la moitié de mon cœur.
L’Italie perdait un de ses enfants les plus distingués.
O Italie! Italie! mère infortunée! quel deuil pour toi le jour où ce brave parmi les braves, ce loyal parmi les loyaux, ferma les yeux pour toujours à la lumière de ton beau soleil!
A la mort d’un homme comme Anzani, je te le dis, ô Italie! la nation qui lui a donné naissance doit, du plus profond de ses entrailles, pousser un cri de douleur, et, si elle ne pleure pas, si elle ne se lamente pas comme Rachel dans Rama, cette nation n’est digne ni de sympathie ni de pitié, elle qui n’aura eu ni sympathie ni pitié pour ses plus généreux martyrs.