Oh! martyr, cent fois martyr fut notre bien-aimé Anzani, et la torture la plus cruelle soufferte par ce vaillant fut de toucher la terre natale, pauvre moribond, et de ne pas finir comme il avait vécu, en combattant pour elle, pour son honneur, pour sa régénération.
O Anzani! si un génie pareil au tien avait présidé aux combats de la Lombardie, à la bataille de Novare, au siége de Rome, l’étranger ne souillerait plus la terre natale et ne foulerait pas insolemment les ossements de nos preux!
La légion italienne, on l’a vu, avait peu fait avant l’arrivée d’Anzani; lui venu, sous ses auspices, elle parcourut une carrière de gloire à rendre jalouses les nations les plus vantées.
Parmi tous les militaires, les soldats, les combattants, parmi tous les hommes portant le mousquet ou l’épée enfin, que j’ai connus, je n’en sais pas un qui puisse égaler Anzani dans les dons de la nature, dans les inspirations du courage, dans les applications de la science. Il avait la valeur bouillante de Massena, le sang-froid de Daverio, la sérénité, la bravoure et le tempérament guerrier de Manara[2].
[2] Le lecteur ne connaît pas encore ces trois autres martyrs de la liberté italienne; mais bientôt il fera connaissance avec eux. Garibaldi, qui n’écrivait pas pour être imprimé, parle, en quelque sorte, à lui-même, et non aux lecteurs.
A. D.
Les connaissances militaires d’Anzani, sa science de toutes choses, n’étaient égalées par personne. Doué d’une mémoire sans pareille, il parlait avec une précision inouïe des choses passées, ces choses passées remontassent-elles à l’antiquité.
Dans les dernières années de sa vie, son caractère s’était sensiblement altéré; il était devenu âcre, irascible, intolérant, et, pauvre Anzani, ce n’était pas sans motif qu’il avait ainsi changé! Tourmenté presque constamment par des douleurs, suites de ses nombreuses blessures et de la vie orageuse qu’il avait menée pendant tant d’années, il traînait une intolérable existence, une existence de martyr.
Je laisse à une main plus habile que la mienne le soin de tracer la vie militaire d’Anzani, digne d’occuper les veilles d’un écrivain éminent. En Italie, en Grèce, en Portugal, en Espagne, en Amérique, on retrouvera, en suivant ses traces, les documents de la vie d’un héros.
Le journal de la légion italienne de Montevideo, tenu par Anzani, n’est qu’un épisode de sa vie. Il fut l’âme de cette légion, dressée, conduite, administrée par lui, et avec laquelle il s’était identifié.