J’appris bientôt que Garibaldi avait quitté Nice et y avait laissé Anzani mourant.

J’aimais beaucoup Anzani; tout le monde l’aimait.

Je courus à Nice; Anzani était encore vivant.

Je le fis transporter à Gênes, où il reçut l’hospitalité de l’agonie au palais du marquis Gavotto, dans l’appartement qu’y occupait le peintre Gallino.

Je m’établis à son chevet et ne le quittai plus.

Il était préoccupé, plus que cela n’en valait la peine, de ma bouderie contre Garibaldi. Souvent il m’en parlait; un jour, il me prit la main et, avec un accent prophétique qui avait l’air d’avoir son inspiration dans un autre monde:

—Medici, me dit-il, ne sois pas sévère pour Garibaldi; c’est un homme qui a reçu du ciel une telle fortune, qu’il est bien de l’appuyer et de la suivre. L’avenir de l’Italie est en lui; c’est un prédestiné. Je me suis plus d’une fois brouillé avec lui; mais, convaincu de sa mission, je suis toujours revenu à lui le premier.

Ces mots me frappèrent comme nous frappent les dernières paroles d’un mourant, et bien souvent, depuis, je les ai entendus bruire à mon oreille.

Anzani était philosophe et pratiquait peu les devoirs matériels de la religion. Cependant, au moment de mourir, et comme on lui demandait s’il ne voulait pas voir un prêtre:

—Oui, répondit-il, faites-en venir un.