Ce combat, et plusieurs autres que je soutins contre lui, laissèrent de moi un si bon souvenir à l’amiral Brown, que, ayant abandonné le service de Rosas, la guerre durant encore, il vint à Montevideo et, avant de voir sa famille, voulut d’abord me voir. Il accourut donc me trouver dans ma maison du Portone, m’embrassa et me rembrassa, comme si j’eusse été son propre fils; il ne pouvait, l’excellent homme, se lasser de me serrer contre sa poitrine et de me témoigner sa sympathie.
Puis, lorsqu’il en eut fini avec moi, se tournant vers Anita:
—Madame, lui dit-il, j’ai longtemps combattu contre votre mari, et cela sans succès; je m’acharnais à le vaincre et à le faire mon prisonnier, mais il réussit toujours à me résister et à m’échapper. Si j’avais eu la chance de le prendre, il eût vu, à la façon dont je l’aurais traité, l’estime que je faisais de lui.
Je raconte cette anecdote, parce qu’elle fait encore plus d’honneur à l’amiral Brown qu’à moi-même.
II
ON FORME LES LÉGIONS
Après la victoire d’Arroyo-Grande, Oribe marcha sur Montevideo, déclarant qu’il ne ferait grâce à personne, pas même aux étrangers.
En attendant, tout ce qu’il rencontrait sur sa route avait la tête tranchée ou était fusillé.
Alors, comme il y avait à Montevideo un grand nombre d’Italiens qui y étaient venus, les uns pour affaires de commerce, les autres parce qu’ils étaient proscrits, j’adressai une proclamation à mes compatriotes, en les invitant à prendre les armes, à former une légion et à combattre jusqu’à la mort pour ceux qui leur avaient donné l’hospitalité.
Rivera, pendant ce temps, réunissait les restes de son armée.
De leur côté, les Français composèrent une légion à laquelle se joignirent les Basques français, tandis que les Espagnols en formaient une à laquelle se réunissaient les Basques espagnols. Mais, trois ou quatre mois après sa formation, la légion espagnole, composée en grande partie de carlistes, passa à l’ennemi et devint le nerf de l’attaque, comme la légion italienne fut le nerf de la défense.