Le 20 janvier, je reçus la visite de Garibaldi; le lendemain, il voulut partir pour Rieti en traversant la montagne, foisonnant tout à la fois de neige et de brigands; les conseils de la prudence, l’opposition des patriotes, ne firent que surexciter son désir de touriste militaire; pendant plus d’une lieue, nous fûmes accompagnés par la foule, qui pleurait et se lamentait; beaucoup m’embrassèrent, croyant qu’ils ne me reverraient plus.

Le général était suivi de Nino Bixio, son officier d’ordonnance, du capitaine Sacchi, son compagnon de guerre dans le nouveau monde, et d’Aguyar, son nègre.

Le reste de sa suite se composait de moi et d’un petit chien, qui, blessé à la patte le jour du combat de San-Antonio, déserta le drapeau de Buenos-Ayres, sous lequel il avait marché jusque-là, pour s’enrôler sous la bannière de Garibaldi.

L’intelligente petite bête marchait toujours en clopinant entre les quatre jambes du cheval de Garibaldi.

Il s’appelait Guerillo.

La première nuit, nous logeâmes chez le gouverneur d’Arguata, Gaetano Rinaldi, chef de la réaction cléricale, qui surgissait derrière nous au fur et à mesure que nous avancions.

Nous restâmes dans une salle du rez-de-chaussée, non éclairée, jusqu’à dix heures du soir, avec des gens qui entraient, sortaient, chuchotaient. Je le fis remarquer au général, qui me répondit en français avec son calme habituel:

—Ils ordonnent le menu du dîner.

Il ne croyait pas si bien dire; nous sortîmes de table à minuit, et nous fûmes traités comme des cardinaux. En partant, nous reçûmes du gouverneur quatre livres de truffes pour notre voyage. A quatre heures du matin, nous montions à cheval, et le fils de M. Rinaldi nous accompagnait jusqu’au sommet de la montagne avec un drapeau tricolore en soie. A midi, nous dévorâmes un agneau que le général fit rôtir par quartiers devant des fagots allumés; le soir, nous logeâmes dans une auberge isolée, pleine de paysans armés. Peut-être avaient-ils reçu le mot d’ordre d’Arguata; les physionomies étaient sinistres; tout ce monde fut invité par nous à boire, et refusa.

Nous nous retirâmes pour dormir, et nous dormîmes le sabre au côté, le doigt sur la gâchette du pistolet.