Garibaldi avait jugé la situation, car, du champ de bataille, il écrivait au ministre de la guerre Avezzana:

«Envoyez-moi des troupes fraîches, et, de même que je vous avais promis de battre les Français, parole que j’ai tenue, je vous promets d’empêcher que pas un ne rejoigne leurs vaisseaux.»

Mais alors, dit-on, le triumvir Mazzini opposa sa parole puissante à ce projet.

—Ne nous faisons pas, dit-il, un ennemi mortel de la France, par une défaite complète, et n’exposons pas nos jeunes soldats de réserve, en rase campagne, contre un ennemi battu, mais valeureux.

Cette grave erreur de Mazzini enleva à Garibaldi la gloire d’une journée à la Napoléon, et rendit infructueuse la victoire du 30; erreur fatale, et cependant excusable chez un homme qui avait mis toutes ses espérances dans le parti démocratique français dont Ledru-Rollin était le chef, erreur qui eut pour l’Italie d’incalculables conséquences.

Le plan de Garibaldi, s’il eût été adopté, pouvait changer les destins de l’Italie.

En effet, la position était des plus simples, et j’en appellerai, aujourd’hui que les haines sont éteintes et qu’un nouveau jour se lève pour l’Italie, à la loyauté de nos adversaires eux-mêmes.

Oudinot avait attaqué Rome avec deux brigades, une sous les ordres du général Levaillant, l’autre sous les ordres du général Molière; un bataillon de chasseurs à pied, douze canons de campagne et cinquante chevaux, complétaient la division; nous avons vu à quel fâcheux état était réduit, dans la soirée du 30 avril, ce corps d’armée, dont l’aile gauche avait été maladroitement allongée et l’aile droite rejetée sur son centre par Garibaldi, maître de la villa Pamphili, des aqueducs et de la vieille voie Aurélienne; il fallait, sans perdre un instant et avec toutes les troupes disponibles, se porter en avant, forcer les Français, ou à une fuite rapide, nécessaire s’ils voulaient regagner Civita-Vecchia, ou à un nouveau combat, qui se fût terminé par leur complète destruction dans la position défavorable où ils se trouvaient.

Ou l’armée française eût été anéantie, ou elle eût été forcée de déposer les armes.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que, pendant toute cette journée, les musiques militaires romaines jouèrent la Marseillaise, en combattant ceux qui, animés par ce chant, avaient vaincu l’Europe.