Par bonheur pour le général Levaillant, nos troupes du Monte-Mario ne descendirent point, et deux mille hommes, massés derrière la porte Angelica, ne bougèrent pas.
Le général en chef n’était pas plus heureux sur sa droite, c’est-à-dire sur le point où avait combattu Garibaldi; un instant le feu et la lutte avaient cessé par la retraite des Français; mais, en voyant ses hommes repoussés, le général Oudinot, craignant d’être coupé dans ses communications avec Civita-Vecchia, avait poussé en avant les restes de la brigade Molière, et le combat, refroidi un instant, avait repris une nouvelle ardeur. Mais la science de la guerre, la discipline, le courage, l’attaque impétueuse, tout échoua devant nos soldats, tout jeunes, tout inexpérimentés qu’ils étaient.
C’est que Garibaldi était là, debout à cheval, les cheveux au vent, pareil à la statue d’airain du dieu des batailles.
A la vue de l’invulnérable, chacun se rappela les exploits des immortels ancêtres et de ces conquérants du monde, dont il foulait les tombeaux; on eût dit que tous savaient que l’ombre des Camille, des Cincinnatus et des César les regardait du haut du Capitole. A la violence, à la furie française, ils opposèrent le calme romain, la suprême volonté du désespoir.
Après quatre heures d’un combat obstiné, le chef d’un bataillon du 20e de ligne, aujourd’hui le général Picard, grâce à des efforts inouïs, à un courage prodigieux, s’empara, avec trois cents hommes, d’une bonne position qu’il força les jeunes gens de l’Université de lui abandonner; mais, presque aussitôt, Garibaldi, ayant reçu un bataillon d’exilés commandé par Arcioni, un détachement de la légion romaine, avec deux compagnies de la même légion, se jeta en avant, tête basse, baïonnette croisée, reprit à son tour l’offensive, et, avec une fougue irrésistible, renversant tout obstacle, enveloppa, dans la maison dont il s’était fait une forteresse, le chef de bataillon Picard, qui, attaqué de tous côtés par nos hommes, et de face par Nino Bixio, qui lutta corps à corps avec lui, fut enfin forcé de se rendre avec ses trois cents hommes.
Cette lutte gigantesque décida de la journée, et changea complétement la face des choses. Il n’était plus question de savoir si Oudinot entrerait dans Rome, mais s’il pourrait retourner à Civita-Vecchia.
Garibaldi, en effet, maître de la villa Pamphili et de la position des aqueducs, dominait la voie Aurélienne, et, par un mouvement rapide, pouvait précéder les Français à Castel-di-Guido et leur fermer la route.
Le résultat de ce mouvement était certain; l’aile gauche des Français, écrasée sous les jardins du Vatican et abritée, comme nous l’avons dit, dans les cassines éparses, ne pouvait battre en retraite sans s’exposer au feu exterminateur de l’artillerie et de la fusillade des murs.
L’aile droite, battue et dispersée à ciel ouvert par Garibaldi, se trouvait dans ce moment de découragement fatal qui suit une défaite inattendue, et ne pouvait opposer qu’une faible résistance. De plus, les Français étaient exténués par un combat de dix heures, et sans cavalerie aucune pour protéger leur retraite.
Nous avions deux régiments de ligne en réserve, deux régiments de dragons à cheval, deux escadrons de carabiniers, le bataillon de Lombards, commandé par Manara, enchaîné, il est vrai, par la parole de Manucci, et, derrière eux, un peuple tout entier.