—Cette joie et ces chants sont-ils pour nous insulter?
—Non, lui répondit Vecchi, ne croyez pas cela; notre peuple est généreux et n’insulte pas au malheur; mais il fête son baptême de sang et de feu. Nous avons vaincu aujourd’hui les premiers soldats du monde; voulez-vous l’empêcher d’applaudir à la mémoire des morts et à la résurrection de notre vieille Rome?
Alors, le capitaine Faby se montra vivement touché de cette réponse, qui lui était faite en excellent français, si touché que, les larmes aux yeux, il s’écria:
—Eh bien, à ce point de vue, vive Rome! vive l’Italie!
Aucun soldat prisonnier ne fut envoyé au quartier qui lui était destiné, sans qu’il eût reçu des vivres et qu’il fût pourvu de tout ce dont il avait besoin.
Quant aux officiers qui avaient perdu leur épée, il leur en fut, à l’instant même, rendu une autre.
Le lendemain, 1er mai, au point du jour, l’infatigable Garibaldi, ayant reçu du ministre de la guerre l’autorisation d’attaquer les Français avec sa légion, c’est-à-dire avec douze cents hommes, divisa cette légion en deux colonnes, dont une partie sortit avec Masina par la porte Cavallegieri, l’autre, sous ses ordres, par la porte San-Pancracio. Le peu de cavalerie qu’il avait fut augmentée d’un escadron de dragons.
Le but de Garibaldi était de surprendre les Français dans leur camp et de leur livrer bataille, quoique six fois moins nombreux qu’eux; il espérait, au reste, qu’au bruit de la fusillade et du canon, le peuple tout entier accourrait à son secours.
Mais, arrivé au camp, il apprit que les Français étaient partis pendant la nuit, se retirant vers Castel-di-Guido, et que Masina, qui avait pris le plus court, avait rejoint leur arrière-garde et bataillait avec elle.
Garibaldi alors doubla sa marche, et rejoignit Masina près de l’hôtellerie de Malagrotta, où les Français se massaient et paraissaient s’apprêter à la bataille. Il prit aussitôt, en flanc de l’armée française, sur une hauteur, une avantageuse position; mais, au moment où les nôtres allaient charger, un officier se détacha du corps d’armée, s’avança sur la grande route et demanda à parlementer avec Garibaldi.