»La légion personnelle de Garibaldi est forte de mille hommes, à peu près; elle se compose du plus désordonné assortiment d’hommes qui se puisse voir, gens de tout rang, de tout âge, enfants de douze à quatorze ans, appelés à cette vie d’indépendance soit par un noble enthousiasme, soit par une inquiétude naturelle, vieux soldats réunis par le nom et par la renommée de l’illustre condottiere du nouveau monde, et, au milieu de tout cela, beaucoup qui ne peuvent se vanter d’avoir que la moitié de la devise de Bayard, sans peur, et qui cherchent, dans la confusion de la guerre, la licence et l’impunité.

»Les officiers sont choisis parmi les plus courageux et élevés aux grades supérieurs, sans qu’il soit tenu compte de l’ancienneté ni des règles ordinaires de l’avancement. Aujourd’hui, l’on en voit un, le sabre au côté, c’est un capitaine; demain, par amour de la variété, il prendra le mousquet, se mettra dans les rangs, et le voilà redevenu soldat. La paye ne manque pas: elle est fournie par le papier des triumvirs, qui ne coûte que la peine de le faire imprimer: proportionnellement, le nombre des officiers est plus grand que celui des soldats.

»Le vaguemestre, c’est-à-dire l’homme chargé des bagages, était capitaine; le cuisinier du général était lieutenant; l’ordonnance avait le même grade; l’état-major est composé de majors et de colonels.

»D’une simplicité patriarcale, qui est si grande, qu’on la dirait feinte, Garibaldi ressemble plutôt au chef d’une tribu indienne qu’à un général; mais, quand le péril s’approche ou se déclare, alors il est véritablement admirable de courage et de coup d’œil; ce qui pourrait lui manquer de science stratégique, pour un général selon les règles de l’art militaire, est remplacé chez lui par une étourdissante activité.»

Vous le voyez, sur tous les esprits, sur tous les tempéraments, cet homme extraordinaire fait une égale impression.

Revenons à l’expédition contre les Napolitains.

La troupe se mit en marche à la chute du jour, vers les huit heures du soir. Où allait-on? Personne n’en savait rien. On appuya à droite jusqu’à ce que, après avoir décrit un immense cercle, on se trouvât sur la route de Palestrina.

La nuit était limpide et fraîche; on marchait en silence et au pas redoublé. L’état-major pourvoyait lui-même au service de sûreté. Les officiers, accompagnés de quelques hommes à cheval, faisaient de grands tours dans la campagne; quand le sol était trop accidenté, la colonne s’arrêtait et les adjudants, sondant le terrain qui s’étendait devant elle, revenaient donner des nouvelles qui rendaient le mouvement à l’expédition.

Ces haltes avaient, outre l’avantage de la sécurité, celui de faire reposer les troupes, dont la marche continua ainsi sans trop de fatigue jusqu’à huit heures du matin. A une lieue de Tivoli, on s’arrêta; depuis quelque temps, on avait quitté le chemin de Preneste qui conduit à celui de Palestrina, et l’on s’était dirigé vers Tivoli en suivant une vieille voie romaine.

Par cette marche nocturne, faite avec rapidité, le général avait gagné un triple avantage: