Murat sourit amèrement. Ces mêmes paroles, répétées par un pareil nombre de voix, il y a une heure, sur la place publique, au lieu de retentir dans une prison, le faisaient roi de Naples! Les résultats les plus importans sont amenés parfois par des causes si minimes, qu’on croirait que Dieu et Satan jouent aux dés la vie ou la mort des hommes, l’élévation ou la chute des empires.
Murat suivit le commandant Mattei: il le conduisit dans une petite chambre qui appartenait au concierge, et que celui-ci céda au roi. Il allait se retirer lorsque Murat le rappela:
—Monsieur le commandant, lui dit-il, je désire un bain parfumé.
—Sire, la chose est difficile.
—Voilà cinquante ducats; qu’on achète toute l’eau de Cologne qu’on trouvera. Ah! que l’on m’envoie des tailleurs.
—Il sera impossible de trouver ici des hommes capables de faire autre chose que des costumes du pays.
—Qu’on aille à Monteleone, et qu’on me ramène ici tous ceux qu’on pourra réunir.
Le commandant s’inclina et sortit.
Murat était au bain lorsqu’on lui annonça la visite du chevalier Alcala, général du prince de l’Infantado et gouverneur de la ville. Il faisait apporter des couvertures de damas, des draps et des fauteuils. Murat fut sensible à cette attention, et il en reprit une nouvelle sérénité.
Le même jour, à deux heures, le général Nunziante arriva de Saint-Tropea avec trois mille hommes. Murat revit avec plaisir une vieille connaissance; mais au premier mot, le roi s’aperçut qu’il était devant un juge, et que sa présence avait pour but, non pas une simple visite, mais un interrogatoire en règle. Murat se contenta de répondre qu’il se rendait de Corse à Trieste en vertu d’un passeport de l’empereur d’Autriche, lorsque la tempête, et le défaut de vivres l’avaient forcé de relâcher au Pizzo. A toutes les autres questions, Murat opposa un silence obstiné; puis enfin, fatigué de ses instances:—Général, lui dit-il, pouvez-vous me prêter des habits, afin que je sorte du bain?