Alors Murat passa un pantalon seulement, et demanda à Stratti s’il pouvait adresser des adieux à sa femme et à ses enfans. Celui-ci, ne pouvant plus parler, répondit par un geste affirmatif; aussitôt Joachim s’assit à une table, et écrivit cette lettre[9]:

«Chère Caroline de mon cœur,

»L’heure fatale est arrivée, je vais mourir du dernier des supplices; dans une heure tu n’auras plus d’époux, et nos enfans n’auront plus de père: souvenez-vous de moi et n’oubliez jamais ma mémoire.

»Je meurs innocent, et la vie m’est enlevée par un jugement injuste.

»Adieu, mon Achille; adieu, ma Lætitia; adieu, mon Lucien; adieu, ma Louise.

»Montrez-vous dignes de moi; je vous laisse sur une terre et dans un royaume pleins de mes ennemis: montrez-vous supérieurs à l’adversité, et souvenez-vous de ne pas vous croire plus que vous n’êtes, en songeant à ce que vous avez été.

»Adieu, je vous bénis. Ne maudissez jamais ma mémoire. Rappelez-vous que la plus grande douleur que j’éprouve dans mon supplice est celle de mourir loin de mes enfans, loin de ma femme, et de n’avoir aucun ami pour me fermer les yeux.

»Adieu, ma Caroline; adieu, mes enfans; recevez ma bénédiction paternelle, mes tendres larmes et mes derniers baisers.

»Adieu, adieu; n’oubliez pas votre malheureux père.

»Pizzo, ce 15 octobre 1815.