»Joachim MURAT.»
Alors il coupa une boucle de ses cheveux et la mit dans la lettre: en ce moment le général Nunziante entra; Murat alla à lui et lui tendit la main:—Général, lui dit-il, vous êtes père, vous êtes époux, vous saurez un jour ce que c’est que de quitter sa femme et ses fils. Jurez-moi que cette lettre sera remise.
—Sur mes épaulettes, dit le général[10] en s’essuyant les yeux.
—Allons, allons, du courage, général, dit Murat; nous sommes soldats, nous savons ce que c’est que la mort. Une seule grâce: vous me laisserez commander le feu, n’est-ce pas? Le général fit signe de la tête que cette dernière faveur lui serait accordée; en ce moment le rapporteur entra, la sentence du roi à la main. Murat devina ce dont il s’agisssait:—Lisez, monsieur, lui dit-il froidement, je vous écoute.—Le rapporteur obéit. Murat ne s’était pas trompé; il y avait eu, moins une voix, unanimité pour la peine de mort.
Lorsque la lecture fut finie, le roi se retourna vers Nunziante:—Général, lui dit-il, croyez que je sépare, dans mon esprit, l’instrument qui me frappe de la main qui le dirige. Je n’aurais pas cru que Ferdinand m’eût fait fusiller comme un chien; il ne recule pas devant cette infamie! c’est bien, n’en parlons plus. J’ai récusé mes juges, mais non pas mes bourreaux. Quelle est l’heure que vous désignez pour mon exécution?
—Fixez-la vous-même, sire, dit le général.
Murat tira de son gousset une montre sur laquelle était le portrait de sa femme; le hasard fit qu’elle était tournée de manière que ce fut le portrait et non le cadran qu’il amena devant ses yeux; il le regarda avec tendresse:
—Tenez, général, dit-il en le montrant à Nunziante, c’est le portrait de la reine, vous la connaissez; n’est-ce pas qu’elle est bien ressemblante?
Le général détourna la tête. Murat poussa un soupir et remit la montre dans son gousset.
—Eh bien! sire, dit le rapporteur, quelle heure fixez-vous?