Murat se promena quelques minutes à grands pas dans la chambre; puis il s’assit sur son lit et laissa tomber sa tête dans ses deux mains. Sans doute, pendant le quart d’heure où il resta ainsi absorbé dans ses pensées, il vit repasser devant lui sa vie tout entière, depuis l’auberge d’où il était parti jusqu’au palais où il était entré; sans doute, son aventureuse carrière se déroula pareille à un rêve doré, à un mensonge brillant, à un conte des Mille et une Nuits. Comme un arc-en-ciel, il avait brillé pendant un orage, et comme un arc-en-ciel, ses deux extrémités se perdaient dans les nuages de sa naissance et de sa mort. Enfin il sortit de sa contemplation intérieure et releva son front pâle, mais tranquille. Alors il s’approcha d’une glace, arrangea ses cheveux: son caractère étrange ne le quittait pas. Fiancé de la mort, il se faisait beau pour elle.

Quatre heures sonnèrent.

Murat alla lui-même ouvrir la porte.

Le général Nunziante l’attendait.

—Merci, général, lui dit Murat: vous m’avez tenu parole; embrassez moi, et retirez-vous ensuite, si vous le voulez.

Le général se jeta dans les bras du roi en pleurant et sans pouvoir prononcer une parole:

—Allons, du courage, lui dit Murat; vous voyez bien que je suis tranquille.

C’était cette tranquillité qui brisait le courage du général! il s’élança hors du corridor et sortit du château en courant comme un insensé.

Alors le roi marcha vers la cour: tout était prêt pour l’exécution. Neuf hommes et un caporal étaient rangés en ligne devant la porte de la chambre du conseil. Devant eux était un mur de douze pieds de haut; trois pas avant ce mur était un seuil d’un seul degré: Murat alla se placer sur cet escalier, qui lui faisait dominer d’un pied à peu près les soldats chargés de son exécution. Arrivé là, il tira sa montre, baisa le portrait de sa femme, et les yeux fixés sur lui, il commanda la charge des armes. Au mot feu! cinq des neuf hommes tirèrent: Murat resta debout. Les soldats avaient eu honte de tirer sur leur roi; ils avaient visé au-dessus de sa tête.

Ce fut peut-être en ce moment qu’éclata le plus magnifiquement ce courage de lion qui était la vertu particulière de Murat. Pas un trait de son visage ne s’altéra, pas un muscle de son corps ne faiblit; seulement, regardant les soldats avec une expression de reconnaissance amère: