—Merci, mes amis, leur dit-il; mais, comme tôt ou tard vous serez obligés de viser juste, ne prolongez pas mon agonie. Tout ce que je vous demande, c’est de viser au cœur et d’épargner la figure. Recommençons.

Et avec la même voix, avec le même calme, avec le même visage, il répéta les paroles mortelles les unes après les autres, sans lenteur, sans précipitation, et comme il eût commandé une simple manœuvre; mais cette fois, plus heureux que la première, au mot feu! il tomba percé de huit balles, sans faire un mouvement, sans pousser un soupir, sans lâcher la montre qu’il tenait serrée dans sa main gauche[11].

Les soldats ramassèrent le cadavre, le couchèrent sur le lit, où dix minutes auparavant il était assis, et le capitaine mit une garde à la porte.

Le soir, un homme se présenta pour entrer dans la chambre mortuaire: la sentinelle lui en refusa l’entrée; mais cet homme demanda à parler au commandant du château. Conduit devant lui, il lui montra un ordre. Le commandant le lut avec une surprise mêlée de dégoût; puis, la lecture achevée, il le conduisit jusqu’à la porte qu’on lui avait refusée.

—Laisser passer le seigneur Luidgi, dit-il à la sentinelle. La sentinelle présenta les armes à son commandant. Luidgi entra.

Dix minutes s’étaient à peine écoulées, lorsqu’il sortit tenant à la main un mouchoir ensanglanté. Dans ce mouchoir était un objet que la sentinelle ne put reconnaître.

Une heure après, un menuisier apporta le cercueil qui devait renfermer les restes du roi. L’ouvrier entra dans la chambre; mais presque aussitôt il appela la sentinelle avec un accent indicible d’effroi. Le soldat entrebâilla la porte pour regarder ce qui avait pu causer la terreur de cet homme. Le menuisier lui montra du doigt un cadavre sans tête.

A la mort du roi Ferdinand, on retrouva dans une armoire secrète de sa chambre à coucher cette tête conservée dans de l’esprit-de-vin[12].

Huit jours après l’exécution du Pizzo, chacun avait déjà reçu sa récompense: Trenta Capelli était fait colonel, le général Nunziante était créé marquis, et Luidgi était empoisonné.

PASCAL BRUNO.