—Oh! s’écria-t-elle avec l’accent de la plus affreuse agonie, tirez-moi d’ici. Je n’ai rien vu, je ne dirai rien, je le jure par ma mère.
—Pauline! Pauline! répétai-je en lui prenant les mains à travers la grille, Pauline, vous n’avez rien à craindre, je viens à votre aide, à votre secours: je viens vous sauver.
—Oh! dit-elle en se relevant, me sauver, me sauver!.... oui, me sauver. Ouvrez cette porte, ouvrez-la à l’instant; tant qu’elle ne sera pas ouverte, je ne croirai à rien de ce que vous me direz. Au nom du ciel, ouvrez cette porte.—Et elle secouait la grille avec une puissance dont j’aurais cru une femme incapable.
—Remettez-vous, remettez-vous, lui dis-je, je n’ai pas la clef de cette porte, mais j’ai des moyens de l’ouvrir; je vais aller chercher.....
—Ne me quittez pas! s’écria Pauline en me saisissant le bras à travers la grille avec une force inouïe; ne me quittez pas, je ne vous reverrais plus.
—Pauline, lui dis-je en rapprochant la torche de mon visage, ne me reconnaissez-vous pas? Oh! regardez-moi, et songez si je puis vous abandonner.
Pauline fixa ses grands yeux noirs sur les miens, chercha un instant dans ses souvenirs; puis tout-à-coup:
—Alfred de Nerval! s’écria-t-elle.
—Oh! merci, merci, lui répondis-je, ni vous non plus, vous ne m’avez pas oublié. Oui, c’est moi qui vous ai tant aimée, qui vous aime tant encore. Voyez si vous pouvez vous confier à moi.
Une rougeur subite passa sur son visage pâle, tant la pudeur est inhérente au cœur de la femme; puis elle lâcha mon bras.