—Serez-vous longtemps? me dit-elle.

—Cinq minutes.

—Allez donc, mais laissez-moi cette torche, je vous en supplie, les ténèbres me tueraient.

Je lui donnai la torche: elle la prit, passa son bras à travers la grille, appuya son visage entre deux barreaux afin de me suivre des yeux le plus longtemps possible, et je me hâtai de reprendre le chemin par lequel j’étais venu. Au moment de franchir la première porte, je me retournai et je vis Pauline dans la même posture, immobile comme une statue qui eût tenu un flambeau avec son bras de marbre.

Au bout de vingt pas je trouvai le second escalier et à la quatrième marche la pince que j’y avais cachée; je revins aussitôt: Pauline était toujours à la même place. En me revoyant elle jeta un cri de joie. Je me précipitai vers la grille.

La serrure en était tellement solide, que je vis qu’il fallait me tourner du côté des gonds: je me mis donc à attaquer la pierre; Pauline m’éclairait; au bout de dix minutes, les deux attaches de l’un des battans étaient descellées, je le tirai, il céda. Pauline tomba à genoux: ce n’était que de ce moment qu’elle se croyait libre.

Je la laissai un instant à son action de grâces, puis j’entrai dans le caveau. Alors elle se retourna vivement, saisit la lettre ouverte sur la pierre et la cacha dans son sein. Ce mouvement me rappela le verre vide; je m’en emparai avec anxiété, un demi-pouce de matière blanchâtre restait au fond.

—Qu’y avait-il dans ce verre? dis-je épouvanté.

—Du poison, me répondit Pauline.

—Et vous l’avez bu! m’écriai-je.