—Elle est morte.

—Où cela?

—Dans la montagne, entre Pizzo de Goto et Nisi.

—Pourquoi avait-elle quitté Bauso?

—Pour que nous ne vissions pas, chaque fois que nous passions devant le château, elle, la tête de son mari, moi, la tête de mon père. Oui, elle est morte là, sans médecin, sans prêtre; elle a été enterrée hors de la terre sainte, et c’est moi qui ai été son seul fossoyeur... Alors, madame, vous me pardonnerez, je l’espère, sur la terre fraîchement retournée, j’avais fait le serment de venger toute ma famille, à laquelle je survivais seul, car je ne compte plus mes oncles comme de ce monde, sur vous, qui restez seule de la famille du comte. Mais, que voulez-vous? je devins amoureux de Teresa; je quittai mes montagnes pour ne plus voir la tombe à laquelle je sentais que je devenais parjure; je descendis dans la plaine, je me rapprochai de Bauso, et je fis plus encore; lorsque je sus que Teresa quittait le village pour entrer à votre service, je songeai à entrer à celui du comte. Je reculai longtemps devant cette pensée, enfin je m’y habituai. Je pris sur moi de vous voir: je vous ai vue, et me voilà, sans armes et en suppliant, en face de vous, madame, devant qui je ne devais paraître qu’en ennemi.

—Vous comprenez, répondit Gemma, qu’il est impossible que le prince prenne à son service un homme dont le père a été pendu et dont les oncles sont aux galères.

—Pourquoi pas, madame, si cet homme consent à oublier que c’est injustement que ces choses ont été faites?

—Vous êtes fou!

—Madame la comtesse, vous savez ce que c’est qu’un serment pour un montagnard? Eh bien! je fausserai mon serment. Vous savez ce que c’est que la vengeance pour un Sicilien? eh bien! je renoncerai à ma vengeance.. Je ne demande pas mieux que de tout oublier, ne me forcez pas de me souvenir.

—Et dans ce cas que feriez-vous?