—Eh bien! savez-vous pourquoi la tête de votre père est là, dites? Pascal garda le silence.
—Eh bien! continua Gemma, c’est que votre père a voulu assassiner le mien.
—Je sais tout cela, madame, je sais encore que lorsqu’on vous promenait, enfant, dans le village, vos femmes de chambre et vos valets vous montraient cette tête en vous disant que c’était celle de mon père qui avait voulu assassiner le vôtre; mais ce qu’on ne vous disait pas, madame, c’est que votre père avait déshonoré le mien.
—Vous mentez.
—Que Dieu me punisse si je ne dis pas la vérité, madame: ma mère était belle et sage, le comte l’aima, et ma mère résista à toutes les propositions, à toutes les promesses, à toutes les menaces; mais un jour que mon père était allé à Taormine, il la fit enlever par quatre hommes, transporter dans une petite maison qui lui appartenait, entre Limero et Furnari, et qui est maintenant une auberge... Et là!... là, madame, il la viola!
—Le comte était seigneur et maître du village de Bauso: ses habitans lui appartenaient, corps et biens, et c’était beaucoup d’honneur qu’il faisait à votre mère que de l’aimer!...
—Mon père ne pensa pas ainsi, à ce qu’il paraît, dit Pascal en fronçant le sourcil, et cela sans doute parce qu’il était né à Strilla, sur les terres du prince de Moncada-Paterno, ce qui fit qu’il frappa le comte; la blessure ne fut pas mortelle, tant mieux, je l’ai longtemps regretté; mais aujourd’hui, à ma honte, je m’en félicite.
—Si j’ai bonne mémoire, votre père, non-seulement a été mis à mort comme meurtrier, mais encore vos oncles sont au bagne?
—Ils avaient donné asile à l’assassin, ils l’avaient défendu lorsque les sbires étaient venus pour l’arrêter; ils furent considérés comme complices, et envoyés, mon oncle Placido à Favignana, mon oncle Pietro à Lipari, et mon oncle Pépé à Vulcano. Quant à moi, j’étais trop jeune, et quoique l’on m’eût arrêté avec eux, on me rendit à ma mère.
—Et qu’est-elle devenue votre mère?