—C’est bien, dit le prince, tu es libre; mais, crois-moi, tu ferais mieux d’accepter.
—Je ne puis, excellence.
—Alors, voilà la bourse que tu m’as demandée; va-t’en au diable avec, et tâche de ne pas venir te faire pendre devant la porte de mon hôtel[18].
Bruno pesa la bourse dans sa main.
—Cette bourse est bien lourde, monseigneur, ce me semble.
—C’est que je n’ai pas voulu qu’un faquin comme toi se vantât d’avoir fixé une somme à la libéralité du prince de Butera, et qu’au lieu de deux cents onces que tu me demandais, j’en ai mis trois cents.
—Quelle que soit la somme qu’il vous a plu de m’apporter, monseigneur, elle vous sera fidèlement rendue.
—Je donne et je ne prête pas, dit le prince.
—Et moi j’emprunte ou je vole, mais je ne mendie pas, dit Bruno. Reprenez votre bourse, monseigneur; je m’adresserai au prince de Vintimille ou de la Cattolica.
—Eh bien! soit, dit le prince. Je n’ai jamais vu de bandit plus capricieux que toi: quatre drôles de ton espèce me feraient perdre la tête; aussi je m’en vais. Adieu!