—Un homme, parbleu! dit une voix forte; as-tu cru que l’argent viendrait tout seul?
—Non, sans doute, reprit Bruno; mais je n’aurais pas cru que celui qui l’apporterait serait assez hardi pour m’attendre.
—Alors c’est que tu ne connaissais pas le prince Hercule de Butera, voilà tout.
—Comment! c’est vous-même, monseigneur? dit Bruno, rejetant sa carabine sur son épaule et s’avançant le chapeau à la main vers le prince.
—Oui, c’est moi, drôle; c’est moi qui ai pensé qu’un bandit pouvait avoir besoin d’argent comme un autre homme, et qui n’ai pas voulu refuser ma bourse, même à un bandit. Seulement il m’a pris fantaisie de la lui apporter moi-même, afin que le bandit ne crût pas que je la lui donnais par peur.
—Votre excellence est digne de sa réputation, dit Bruno.
—Et toi, es-tu digne de la tienne? répondit le prince.
—C’est selon celle qu’on m’a faite devant vous, monseigneur; car je dois en avoir plus d’une.
—Allons, continua le prince, je vois que tu ne manques ni d’esprit ni de résolution; j’aime les hommes de cœur partout où je les rencontre, moi. Ecoute: veux-tu changer cet habit calabrais contre un uniforme de capitaine et aller faire la guerre aux Français? Je me charge de te lever une compagnie sur mes terres et de t’acheter des épaulettes.
—Merci, monseigneur, merci, dit Bruno; votre offre est celle d’un prince magnifique; mais j’ai certaine vengeance à accomplir et qui me retient encore pour quelque temps en Sicile; après nous verrons.