—Ce n’est rien, mon enfant, ce n’est rien, lui dit Bruno en langue franque; le brigadier a déchargé sa carabine, voilà tout. Va donc te coucher tranquillement, et ne crains rien pour moi. Ali sortit sans répondre et alla s’étendre en travers de la première porte, sur la peau de panthère qui lui servait de lit.
—Eh bien! continua Bruno se retournant vers le brigadier et versant du vin dans les deux verres, ne m’avez-vous pas entendu?
—Si fait, répondit le brigadier en se levant, et puisque je n’ai pas pu vous tuer, fussiez-vous le diable, je boirai avec vous.
A ces mots, il marcha d’un pas ferme vers la table, prit le verre, trinqua avec Bruno et vida le vin d’un seul trait.
—Comment vous appelez-vous? dit Bruno.
—Paolo Tommasi, brigadier de gendarmerie, pour vous servir.
—Eh bien! Paolo Tommasi, continua Bruno en lui mettant la main sur l’épaule, vous êtes un brave, et j’ai envie de vous faire une promesse.
—Laquelle?
—C’est de ne laisser gagner qu’à vous seul les trois mille ducats qu’on a promis pour ma tête.
—Vous avez là une bonne idée, répondit le brigadier.