—Autrement dit, répondit Bruno toujours avec la même insouciance, dix-huit cent quatre-vingt-dix livres. Vous voyez que, si je ne tiens pas exactement mes registres, ce n’est pas faute de savoir compter... Après?

—Après, ils ont fait offrir cette somme à deux ou trois hommes qu’ils savent de votre société habituelle, s’ils voulaient aider à vous faire prendre.

—Qu’ils offrent, je suis bien sûr qu’ils ne trouveront pas un traître à dix lieues à la ronde.

—Vous vous trompez, dit le Maltais, le traître est trouvé.

—Ah! fit Bruno fronçant le sourcil et portant la main à son stylet: et comment sais-tu cela?

—Oh! mon Dieu, de la manière la plus simple et la plus naturelle: j’étais hier à Messine, chez le prince de Carini, qui m’avait fait venir pour acheter des étoffes turques, lorsqu’un valet vint lui dire deux mots à l’oreille.—C’est bien, répondit tout haut le prince; qu’il entre.—Il me fit signe alors de passer dans un cabinet; j’obéis; et, comme il ne se doutait aucunement que je vous connusse, j’entendis la conversation qui vous concernait.

—Oui, eh bien?

—Eh bien! l’homme qu’on annonçait, c’était le traître; il s’engageait à ouvrir les portes de votre forteresse, à vous livrer sans défense pendant que vous souperiez, et à conduire lui-même les gendarmes jusqu’à votre salle à manger.

—Et sais-tu quel est le nom de cet homme? dit Bruno.

—C’est Placido Meli, répondit le Maltais.