—Sang-Dieu! s’écria Pascal en grinçant des dents, il était là tout-à-l’heure.

—Et il est sorti?

—Un instant avant que vous n’arrivassiez.

—Alors il est allé chercher les gendarmes et les compagnies; car, autant que j’en puis juger, vous étiez en train de souper.

—Tu le vois.

—C’est cela même. Si vous voulez fuir, il n’y a pas un instant à perdre.

—Moi fuir! dit Bruno en riant. Ali!... Ali!...—Ali entra.—Ferme la porte du château, mon enfant; lâche trois de mes chiens dans la cour, fais monter le quatrième, Lionna..... et prépare les munitions.—Les femmes poussèrent des cris.—Oh! taisez-vous, mes déesses, continua Bruno avec un geste impératif; il ne s’agit pas de chanter ici; du silence, et vivement, s’il vous plaît.—Les femmes se turent.—Tenez compagnie à ces dames, commandeur, ajouta Bruno; quant à moi, il faut que je fasse ma tournée.

Pascal prit sa carabine, ceignit sa giberne, s’avança vers la porte; mais, au moment de sortir, il s’arrêta écoutant.

—Qu’y a-t-il? dit le Maltais.

—N’entendez-vous pas mes chiens qui hurlent? l’ennemi s’avance: voyez, ils n’ont été que de cinq minutes en retard sur vous.—Silence, mes tigres, continua Bruno ouvrant une fenêtre et faisant entendre un sifflement particulier. C’est bien, c’est bien, je suis prévenu. Les chiens gémirent doucement et se turent; les femmes et le Maltais frissonnèrent de terreur, devinant qu’il allait se passer quelque chose de terrible. En ce moment Ali entra avec la chienne favorite de Pascal: la noble bête alla droit à son maître, se dressa sur ses pattes de derrière, lui mit les deux pattes de devant sur les épaules, le regarda avec intelligence, et se mit à hurler doucement.