Les pauvres créatures tombèrent à genoux.
—Allons, allons, dit Bruno frappant du pied, obéissons. Et il dit cela avec un geste et un accent tels, que les deux filles se levèrent et suivirent Ali sans oser proférer une seule plainte.
—Et maintenant, commandeur, dit Bruno lorsqu’elles furent sorties, éteignez les lumières et mettez-vous dans un coin où les balles ne puissent pas vous atteindre, car voilà les musiciens qui arrivent, et la tarentelle va commencer.
X.
Quelques instans après, Ali rentra portant sur son épaule quatre fusils du même calibre et un panier plein de cartouches. Pascal Bruno ouvrit toutes les fenêtres, pour faire face à la fois des différens côtés. Ali prit un fusil et s’apprêta à se placer à l’une d’elles.
—Non, mon enfant, lui dit Pascal avec un accent d’affection toute paternelle, non, cela me regarde seul. Je ne veux pas unir ainsi ta destinée à la mienne; je ne veux pas t’entraîner où je vais. Tu es jeune, rien n’a poussé encore ta vie hors de la voie ordinaire; crois-moi, reste dans le chemin battu par les hommes.
—Père, dit le jeune homme avec sa voix douce, pourquoi ne veux-tu pas que je te défende comme Lionna t’a défendu? Tu sais bien que je n’ai que toi, et que, si tu meurs, je mourrai avec toi.
—Non point, Ali, si je meurs, je laisserai peut-être derrière moi à accomplir sur la terre quelque mission mystérieuse et terrible que je ne pourrais confier qu’à mon enfant, il faut donc que mon enfant vive pour faire ce que lui ordonnera son père.
—C’est bien, dit Ali. Le père est le maître, l’enfant obéira. Pascal laissa tomber sa main, Ali la prit et la baisa.
—Ne te servirai-je donc à rien, père? dit l’enfant.