Alors elle se reprit à pleurer; mais cette fois sans convulsions ni sanglots: c’étaient des larmes mélancoliques et silencieuses, de ces larmes enfin qui ne manquent pas d’une certaine douceur, et qu’il faut que ceux qui les regardent sachent laisser couler. Au bout d’un instant elle rouvrit les yeux avec un sourire.
—Je vous remercie, me dit-elle, de m’avoir laissée pleurer.
—Je ne suis plus jaloux, lui répondis-je.
Elle se leva.—N’y a-t-il pas un second étage? me dit-elle.
—Oui; il se compose d’un appartement tout pareil à celui-ci.
—Et doit-il être occupé?
—C’est vous qui en déciderez.
—Il faut accepter la position qui nous est imposée par la destinée avec toute franchise. Aux yeux du monde vous êtes mon frère, il est tout simple que vous habitiez la maison que j’habite, tandis qu’on trouverait sans doute étrange que vous allassiez loger autre part. Cet appartement sera le vôtre. Descendons au jardin.
C’était un tapis vert avec une corbeille de fleurs. Nous en fîmes deux ou trois fois le tour en suivant une allée sablée et circulaire qui l’enveloppait; puis Pauline alla vers le massif et y cueillit un bouquet.
—Voyez donc ces pauvres roses, me dit-elle en revenant à moi, comme elles sont pâles et presque sans odeur. N’ont-elles pas l’air d’exilées qui languissent après leur pays? Croyez-vous qu’elles aussi ont une idée de ce que c’est que la patrie, et qu’en souffrant elles ont le sentiment de leur souffrance?