—Merci, mon frère, me dit-elle en me serrant la main. C’était la première fois qu’elle me redonnait ce titre depuis notre explication; mais cette fois ce titre ne me fit pas mal.
Nous entrâmes dans la chambre à coucher; sur le lit étaient deux chapeaux d’une forme toute parisienne et un châle de cachemire fort simple.
—Alfred, me dit la comtesse en les apercevant, vous eussiez dû me laisser entrer seule ici, puisque j’y devais trouver toutes ces choses. Ne voyez-vous pas que j’ai honte devant vous de vous avoir donné tant de peine?... Puis vraiment je ne sais s’il est convenable...
—Vous me rendrez tout cela sur le prix de vos leçons, interrompis-je en souriant: un frère peut prêter à sa sœur.
—Il peut même lui donner lorsqu’il est plus riche qu’elle, dit Pauline, car, dans ce cas-là, c’est celui qui donne qui est heureux.
—Oh! vous avez raison, m’écriai-je, et aucune délicatesse du cœur ne vous échappe... Merci, merci!..
Nous passâmes dans le cabinet de travail; sur le piano étaient les romances les plus nouvelles de madame Duchange, de Labarre et de Plantade; les morceaux les plus à la mode de Bellini, de Meyerbeer et de Rossini. Pauline ouvrit un cahier de musique et tomba dans une profonde rêverie.
—Qu’avez-vous? lui dis-je, voyant que ses yeux restaient fixés sur la même page, et qu’elle semblait avoir oublié que j’étais là.
—Chose étrange! murmura-t-elle, répondant à la fois à sa pensée et à ma question, il y a une semaine au plus que je chantais ce même morceau chez la comtesse M.; alors j’avais une famille, un nom, une existence. Huit jours se sont passés... et je n’ai plus rien de tout cela... Elle pâlit et tomba plutôt qu’elle ne s’assit sur un fauteuil, et l’on eût dit que véritablement elle allait mourir. Je m’approchai d’elle, elle ferma les yeux; je compris qu’elle était tout entière à sa pensée, je m’assis près d’elle, et lui appuyant la tête sur mon épaule:
—Pauvre sœur! lui dis-je.