—Nous l’avons rencontré chez madame de Lucienne, à la campagne.
—Ah! oui, reprit la comtesse, j’ai entendu parler d’une chasse, d’un accident arrivé à monsieur de Lucienne fils, n’est-ce pas? En ce moment le comte leva les yeux et nous aperçut. Quelque chose comme un sourire passa sur ses lèvres.
—Messieurs, dit-il aux trois joueurs qui faisaient sa partie, voulez-vous me permettre de me retirer? Je me charge de vous envoyer un quatrième.
—Allons donc, dit Paul; tu nous gagnes quatre mille francs, et tu nous enverras un remplaçant qui se cavera de dix louis. Non pas, non pas.
Le comte, à moitié levé, se rassit; mais au premier tour, un des joueurs ayant engagé le jeu, le comte fit son argent. Il fut tenu. L’adversaire du comte abattit son jeu; le comte jeta le sien sans le montrer en disant: J’ai perdu, poussa l’or et les billets de banque qu’il avait devant lui en face du gagnant, et, se levant de nouveau:
—Suis-je libre de me retirer cette fois? dit-il à Paul.
—Non, pas encore, cher ami, répondit Paul qui avait relevé les cartes du comte et regardé son jeu, car tu as cinq carreaux, et monsieur n’a que quatre piques.
—Madame, dit le comte en se retournant de notre côté et en s’adressant à la maîtresse de la maison, je sais que mademoiselle Eugénie doit quêter ce soir pour les pauvres, voulez-vous me permettre d’être le premier à lui offrir mon tribut? A ces mots, il prit un panier à ouvrage qui se trouvait sur un guéridon à côté de la table de jeu, y mit les huit mille francs qu’il avait devant lui, et les présenta à la comtesse.
—Mais je ne sais si je dois accepter, répondit madame M...; cette somme est vraiment si considérable.....
—Aussi, reprit en souriant le comte Horace, n’est-ce point en mon nom seul que je vous l’offre; ces messieurs y ont largement contribué, c’est donc eux plus encore que moi que mademoiselle M... doit remercier au nom de ses protégés. A ces mots, il passa dans la salle de bal, laissant le panier plein d’or et de billets de banque aux mains de la comtesse.