Là, je fis le chemin que vous-même fîtes trois ou quatre nuits après: je me trouvai sur les galets d’abord, puis dans les grandes herbes; enfin je gravis la montagne, j’entrai dans l’abbaye, je vis le cloître et son petit cimetière, je suivis le corridor, et de l’autre côté d’un massif d’arbres je me retrouvai dans le parc du château.
Le soir se passa sans aucune circonstance remarquable; Horace fut très gai, il parla pour l’hiver prochain d’embellissemens à faire à notre hôtel de Paris, et pour le printemps d’un voyage: il voulait emmener ma mère et moi en Italie, et peut-être acheter à Venise un de ses vieux palais de marbre, afin d’y aller passer les saisons du carnaval. Henri était beaucoup moins libre d’esprit, et paraissait préoccupé et inquiet au moindre bruit. Tous ces petits détails, auxquels je fis à peine attention dans le moment, se représentèrent plus tard à mon esprit avec toutes leurs causes qui m’étaient cachées alors, et que leur résultat me fit comprendre depuis.
Nous nous retirâmes laissant Henri au salon; il avait à veiller pour écrire, nous dit-il. On lui apporta des plumes et de l’encre: il s’établit près du feu.
Le lendemain matin, comme nous étions à déjeuner, on entendit sonner d’une manière particulière à la porte du parc:—Max!... dirent ensemble Horace et Henri; en effet, celui qu’ils avaient nommé entra presque aussitôt dans la cour au grand galop de son cheval.
—Ah! te voilà, dit en riant Horace, je suis enchanté de te revoir; mais une autre fois ménage un peu plus mes chevaux, vois dans quel état tu as mis ce pauvre Pluton.
—J’avais peur de ne pas arriver à temps, répondit Max; puis, s’interrompant et se retournant de mon côté:—Madame, me dit-il, excusez-moi de me présenter ainsi botté et éperonné devant vous; mais Horace a oublié, et je conçois cela, que nous avons pour aujourd’hui une partie de chasse à courre, avec des Anglais, continua-t-il, en appuyant sur ce mot: ils sont arrivés hier soir exprès par le bateau à vapeur; de sorte qu’il ne faut pas que nous, qui sommes tout portés, nous nous trouvions en retard en leur manquant de parole.
—Très bien, dit Horace, nous y serons.
—Cependant, reprit Max en se retournant de mon côté, je ne sais si maintenant nous pouvons tenir notre promesse; cette chasse est trop fatiguante pour que madame nous accompagne.
—Oh! tranquillisez-vous, messieurs, m’empressai-je de répondre, je ne suis pas venue ici pour être une entrave à vos plaisirs: allez, et en votre absence je garderai la forteresse.
—Tu vois, dit Horace, Pauline est une véritable châtelaine des temps passés. Il ne lui manque vraiment que des suivantes et des pages, car elle n’a pas même de femme de chambre; la sienne est restée en route, et ne sera ici que dans huit jours.