—Oh! d’abord... et avant tout, Pauline, vous n’en seriez pas moins la plus pure comme la plus adorée des femmes..... N’a-t-il pas pris soin de vous mettre à l’abri de lui-même, si bien qu’aucune tache de sa boue ni de son sang ne peut vous atteindre?... Mais je ne voulais point parler de cela, Pauline! Dans une attaque nocturne, dans un duel même, le comte peut trouver la mort... Oh! c’est affreux, je le sais, de n’avoir d’autre espérance de bonheur que celle qui doit couler de la blessure ou sortir de la bouche d’un homme avec son sang et son dernier soupir!... Mais enfin, pour vous-même... une telle fin ne serait-elle pas un bienfait du hasard... un oubli de la Providence?
—Eh bien?... dit en m’interrogeant Pauline.
—Eh bien! alors, Pauline, l’homme, qui, sans conditions, s’est fait votre ami, votre protecteur, votre frère, n’aurait-il pas droit à un autre titre?
—Mais cet homme a-t-il bien réfléchi à l’engagement qu’il prendrait en le sollicitant?
—Sans doute, et il y voit bien des promesses de bonheur sans y découvrir une cause d’effroi...
—A-t-il pensé que je suis exilée de France, que la mort du comte ne viendra pas rompre mon ban, et que les devoirs que je me suis imposés envers sa vie, je me les imposerai envers sa mémoire?...
—Pauline, lui dis-je, j’ai songé à tout... L’année que nous venons de passer ensemble a été l’année la plus heureuse de ma vie. Je vous l’ai dit, je n’ai aucun lien réel qui m’attache sur un point du monde plutôt que sur un autre... Le pays où vous serez sera ma patrie!
—Eh bien! me dit Pauline avec un si doux accent que mieux qu’une promesse il renfermait toutes les espérances,—revenez avec ces sentimens, laissons faire à l’avenir, et confions-nous en Dieu.
Je tombai à ses pieds et je baisai ses genoux.
La même nuit je quittai Londres; vers midi, j’arrivai au Havre; je pris aussitôt une voiture de poste et je partis; à une heure du matin j’étais chez ma mère.