Ma mère avait raison, je tombais de fatigue. Je me couchai et dormis tout d’une traite jusqu’au lendemain dix heures du matin.
Je trouvai en me réveillant une lettre du comte: je m’y attendais. Cependant je n’aurais pas cru qu’il eût gardé tant de calme et de mesure: c’était un modèle de courtoisie et de convenances. La voici:
«Monsieur,
»Quelque désir que j’eusse de vous faire promptement parvenir cette lettre, je n’ai voulu vous l’adresser ni par un domestique ni par un ami. Ce mode d’envoi, qui est cependant généralement adopté en pareille circonstance, eût pu éveiller des inquiétudes parmi les personnes qui vous sont chères, et que vous me permettez, je l’espère, de regarder encore, malgré ce qui s’est passé hier chez lord G., comme ne m’étant ni étrangères ni indifférentes.
»Cependant, monsieur, vous comprendrez facilement que les quelques mots échangés entre nous demandent une explication. Serez-vous assez bon pour m’indiquer l’heure et le lieu où vous pourrez me la donner? La nature de l’affaire exige, je crois, qu’elle soit secrète et qu’elle n’ait d’autres témoins que les personnes intéressées; cependant, si vous le désirez, je conduirai deux amis.
»Je crois vous avoir donné la preuve hier que je vous regardais déjà comme un frère, croyez qu’il m’en coûterait beaucoup pour renoncer à ce titre, et qu’il me faudrait faire violence à toutes mes espérances et à tous mes sentimens pour vous traiter jamais en adversaire et en ennemi.
»Comte Horace.»
Je répondis aussitôt:
«Monsieur le comte,
»Vous ne vous étiez pas trompé, j’attendais votre lettre, et je vous remercie bien sincèrement des précautions que vous avez prises pour me la faire parvenir. Cependant, comme ces précautions seraient inutiles vis-à-vis de vous, et qu’il est important que vous receviez promptement ma réponse, permettez que je vous l’envoie par mon domestique.