—Non, pas tant que je serai vivant du moins.
—Mon Dieu! mon Dieu! dit ma mère, tu m’épouvantes!
Je vis que je m’étais laissé emporter malgré moi.
—Écoutez, continuai-je: peut-être tout cela est-il moins grave que je ne le crains. Rien n’était arrêté positivement entre vous et le comte, rien n’était encore connu dans le monde; quelque bruit vague, quelques suppositions, n’est-ce pas, et rien de plus?
—C’était ce soir seulement la seconde fois que le comte nous accompagnait.
—Eh bien! ma mère, prenez le premier prétexte venu pour ne pas recevoir; fermez votre porte à tout le monde, au comte comme aux autres. Je me charge de lui faire comprendre que ses visites seraient inutiles.
—Alfred, dit ma mère effrayée, de la prudence surtout, des ménagemens, des procédés. Le comte n’est pas un homme que l’on congédie ainsi sans lui donner une raison plausible.
—Soyez tranquille, ma mère, j’y mettrai toutes les convenances nécessaires. Quant à une raison plausible, je lui en donnerai une.
—Agis comme tu voudras: tu es le chef de la famille, Alfred, et je ne ferai rien contre ta volonté; mais, au nom du ciel, mesure chacune des paroles que tu diras au comte, et, si tu refuses, adoucis le refus autant que tu pourras. Ma mère me vit prendre une bougie pour me retirer.—Oui, tu as raison, continua-t-elle: je ne pense pas à ta fatigue. Rentre chez toi, il sera temps de penser demain à tout cela. J’allai à elle et l’embrassai: elle me retint la main.—Tu me promets, n’est-ce pas, de ménager la fierté du comte?
—Je vous le promets, ma mère; et je l’embrassai une seconde fois et me retirai.