—Me croyez-vous donc assez insensé, interrompis-je, pour briser des choses aussi sacrées que la parole, si je n’avais pas de motifs de le faire?

—Mais tu me les diras, je pense?

—Impossible, impossible, ma mère; je suis lié par un serment.

—Je sais qu’on dit bien des choses contre Horace; mais on n’a rien pu prouver encore. Croirais-tu à toutes ces calomnies?

—Je crois mes yeux, ma mère, j’ai vu!...

—Oh!...

—Écoutez. Vous savez si je vous aime et si j’aime ma sœur; vous savez si, lorsqu’il s’agit de votre bonheur à toutes deux, je suis capable de prendre légèrement une résolution immuable; vous savez enfin si, dans une circonstance aussi suprême, je suis homme à vous effrayer par un mensonge; eh bien! ma mère, je vous le dis, je vous le jure, si ce mariage s’était fait, si je n’étais pas venu à temps, si mon père, en mon absence, n’était pas sorti de la tombe pour se placer entre sa fille et cet homme, si Gabrielle s’appelait à cette heure madame Horace de Beuzeval, il ne me resterait qu’une chose à faire, et je la ferais, croyez-moi: ce serait de vous enlever, vous et votre fille, de fuir la France avec vous pour n’y rentrer jamais, et d’aller demander à quelque terre étrangère l’oubli et l’obscurité, au lieu de l’infamie qui nous attendrait dans notre patrie.

—Mais ne peux-tu pas me dire?...

—Je ne puis rien dire... j’ai fait serment... Si je pouvais parler, je n’aurais qu’à prononcer une parole, et ma sœur serait sauvée.

—Quelque danger la menace-t-il donc?