Je visai lentement et froidement, puis je fis feu. Je crus d’abord que je ne l’avais pas touché, car il resta immobile, et je lui vis lever le second pistolet; mais, avant que le canon n’arrivât à ma hauteur, un tremblement convulsif s’empara de lui; il laissa échapper l’arme, voulut parler, rendit une gorgée de sang et tomba raide mort: la balle lui avait traversé la poitrine.
Les témoins s’approchèrent d’abord du comte, puis revinrent à moi. Il y avait parmi eux un chirurgien-major: je le priai de donner ses soins à mon adversaire, que je croyais plus blessé que moi.
—C’est inutile, me répondit-il en secouant la tête, il n’a plus besoin des soins de personne.
—Ai-je fait en homme d’honneur, messieurs? leur demandai-je.
Ils s’inclinèrent en signe d’adhésion.
—Alors, docteur, ayez la bonté, dis-je en défaisant mon habit, de me mettre la moindre chose sur cette égratignure, afin d’arrêter le sang, car il faut que je parte à l’instant même.
—A propos, me dit le plus vieux des officiers, comme le chirurgien achevait de me panser, où faudra-t-il faire porter le corps de votre ami?
—Rue de Bourbon, no 16, répondis-je en souriant malgré moi de la naïveté de ce brave homme, à l’hôtel de monsieur de Beuzeval.
A ces mots, je sautai sur mon cheval, qu’un hussard tenait en main avec celui du comte, et, remerciant une dernière fois ces messieurs de leur bonne et loyale assistance, je les saluai de la main et je repris au galop la route de Paris.
Il était temps que j’arrivasse; ma mère était au désespoir: ne me voyant pas descendre à l’heure du déjeuner, elle était montée dans ma chambre, et dans un des tiroirs de mon secrétaire elle avait trouvé la lettre qui lui était adressée.