—Vite! vite! courons, ils ont été longs à se coucher, mais maintenant nous n'avons à craindre ni les hommes ni les chiens…
—Il est temps au moins? demanda l'autre.
—C'est bien juste, et j'ai peur.
—Filons donc, alors, vieux coquin, exclama l'autre en doublant sa course.
Les deux hommes couraient comme deux soldats, les coudes au corps, le pas égal… S'enfonçant ici, trébuchant là, mais toujours droits, courant non par les chemins, mais par les sentes qui séparent les tombes. Après trois minutes de cette course, tout ruisselants de sueur et de pluie, ils s'arrêtèrent devant la chapelle funéraire, où quelques heures avant on avait porté le corps de Pierre Davenne.
Tout haletant, le plus grand (nos lecteurs l'ont reconnu), Simon, ouvrit la porte, fit entrer son compagnon Rigobert; le vieux sauvage entra et la referma aussitôt.
Le matelot ôta son caban tout mouillé et l'accrocha devant la porte, faisant un rideau protecteur, pendant que le vieux Rig, ayant tiré des allumettes de ses poches, allumait les deux cierges de la petite chapelle. Le vieux Rig était méconnaissable; lui si tranquille, si calme d'ordinaire, à cette heure il semblait secoué par une fièvre violente; il avait jeté à terre le long pardessus qu'il avait pris le matin chez Pierre, et, avec une adresse et une force étonnantes, il avait glissé dans le plâtre frais qui scellait la pierre un ciseau à froid et d'un coup sec il avait fait vaciller la pierre.
—Allons, Simon… vite là, dit-il.
Le matelot vint et l'aida à soulever la pierre, qu'ils placèrent sur les dalles.
Le corps n'avait pas été descendu dans une fosse. Le monument de la famille Davenne était une longue salle dans laquelle on descendait par huit marches. Devant la porte, en face de l'escalier, était un petit autel, et, à gauche, quatre cases, semblables à des tiroirs, ayant de larges anneaux; au-dessus de chacun étaient gravés la date du décès, l'âge et le nom de celui qui y reposait.