Les deux pauvres gars étaient trempés jusqu'aux moelles.
X
LES BONS ET LES MAUVAIS RÊVES DU MATELOT SIMON RIVET.
Dirigé par Simon, le vieux Rig, portant dans ses bras son malade, s'engagea dans le jardin boisé. Ils arrivèrent bientôt devant la porte du vestibule. Simon l'ouvrit: la petite pièce était éclairée par une veilleuse; ils se dirigèrent vers l'escalier et montèrent au premier étage: une chambre était éclairée, un feu de bois brûlait dans l'âtre, mais autour d'eux régnait le silence le plus profond et la petite maison semblait abandonnée; cependant le lit couvert de draps blancs était préparé pour recevoir le malade. Simon ne parut pas étonné, et le vieux Rig était impassible.
Ayant étendu Pierre Davenne dans le lit, le sauvage tira des profondeurs de ses poches une petite fiole; puis, entr'ouvrant de ses doigts secs les lèvres de son sujet, il lui versa avec précaution quelques gouttes d'une liqueur rouge. Il observa alors le malade avec attention.
Simon, placé derrière lui, regardait, n'osant parler, envahi par ce silence qui les enveloppait. Après quelques minutes d'attente, la teinte livide qui couvrait le visage disparut, les pommettes des joues devinrent roses, les lèvres se colorèrent, et la poitrine se souleva sous la respiration régulièrement rétablie.
Alors le vieux sauvage se tourna vers Simon et lui dit de façon à ne pas éveiller le malade:
—Maintenant, il est sauvé… Il faut le laisser dormir; avec le jour, il s'éveillera plus faible mais voilà tout…
Le matelot ne trouva pas un mot à répondre. Deux grosses larmes glissèrent sur ses joues; il fit une grimace qui avait la prétention d'être un sourire, et, serrant la main de son ancien compagnon d'armes à l'en faire éclater, il respira bruyamment.
—Maintenant, dit le sorcier, il n'a plus besoin de nous; les portes sont fermées, il pleut dehors et fait bon ici: nous sommes fatigués; fais comme moi, je vais dormir…