—Maintenant…, Simon, il est sauvé.
Le matelot suffoquant prit alors celui qu'il appelait le vieux coquin dans ses bras; il l'embrassa, mouillant ses joues de larmes heureuses. Il l'aurait fait danser dans le tombeau si Rig ne l'avait retenu…
Mais celui-ci, calme, se fit aider pour vêtir Pierre du pardessus qu'il avait apporté, et il dit:
—Allons, Simon, remettons le cercueil, replaçons la pierre, que tout soit en ordre, si un curieux regardait ici; et demain tu viendras faire le scellement.
Ce fut fait en quelques minutes… Les cierges furent éteints.
—Allons, Simon, marche devant, tu sais le chemin, guide-moi…
—Mais, vieux, il faut porter…
—Je le porte, marche, je ne quitterai mon malade que guéri, chez lui..
Allons, va!
Simon haussait les épaules: ce petit vieux, malingre, avait la prétention de porter un homme! Il ne fut pas peu stupéfait en voyant le vieux sauvage prendre Pierre Davenne dans ses bras et, sans efforts apparents, le porter comme un enfant. L'estime lui était venue pour le vieux Rig, lorsque celui-ci lui avait assuré que son maître était sauvé; en constatant cette force extraordinaire, elle doubla.
Ils partirent en portant le corps, la pluie tombait toujours… Cette fois, rassuré sur la vie de son maître, Simon, en passant à travers les tombes, eut des frissons qu'il n'avait pas eus en venant… Ils repassèrent par la brèche du mur. Au bout d'une demi-heure, et grâce à la pluie battante, ils arrivèrent sans incident à la petite maison de Charonne que Pierre avait louée trois jours avant; les fenêtres étaient éclairées et la petite porte qui donnait du côté du cimetière était ouverte. En la fermant, le matelot joyeux, glissant une praline dans sa bouche, disait:
—Nous avons eu de la chance, c'est un beau temps ça…