—Monsieur, je ne viens pas vous implorer, fit avec hauteur Madeleine de
Soizé; vous vous méprenez…
Fronçant le sourcil, Pierre regarda son interlocutrice, se demandant cette fois si ce n'était pas une folle qu'il avait devant lui, et s'il n'avait pas été bien imprudent d'accorder aussi facilement un entretien à pareille heure à une personne qu'il ne connaissait pas et dont le langage étrange répondait si peu à l'allure et à la mise; i1 dit poliment et froidement:
—Madame, pardonnez-moi, vous m'avez mal compris; je voulais vous demander en quoi votre douloureuse histoire m'intéressait?
—Monsieur, vous connaissez le misérable dont je parle.
—Moi, je connais…
Et du même ton singulier avec lequel elle avait dit son nom, interrompant Davenne, elle dit:
—Je suis la maîtresse, c'est le mot dont on se sert, ajouta-t-elle sardoniquement, je suis la maîtresse de M. Fernand Séglin.
—Ah! mon Dieu, mademoiselle! Et vous voulez de moi? fit vivement Pierre, cette fois véritablement ému et désagréablement surpris, tant sa pensée était loin de son ami.
Madeleine de Soizé lui dit avec le plus grand calme:
—Ce que je veux, vous le saurez, malheureusement pour vous tout à l'heure; mais permettez-moi d'achever.