—C'est ma nièce et il conviendrait que je fusse réservé! Cependant je ne puis. Tout ce que votre imagination peut vous donner est au-dessous de la vérité… Avant un mois, monsieur, je défie à la plus élégante de vos Parisiennes de lutter avec elle de grâces, honnêtes, bien entendu.
Et sans doute parce qu'il était heureux des compliments qu'on faisait de sa nièce, le vieux Danielo avait un singulier sourire en disant cela.
Le bout du nez du vieux Moldave se rougissait et tranchait sur son visage bronzé et sur sa barbe blanche. Le vin le rendait expansif. Il dit:
—En somme, j'ai consulté ma nièce… elle accepte. J'ai, je vous l'ai écrit, de grands intérêts au pays; à ces heures menaçantes ma présence est nécessaire, je vous demanderai donc de hâter ce mariage.
—C'est, monsieur, le plus cher de mes vœux… Lorsque j'aurai le bonheur de me trouver demain avec Mlle Iza, vous lui demanderez d'en fixer elle-même la date.
—Iza n'a rien à voir là dedans, c'est une petite fille qui fait aujourd'hui ma volonté jusqu'au jour où elle fera la vôtre… Faisons donc cela nous-mêmes… Tout en étant chrétiens, la différence de nos Églises nous empêche le mariage religieux. Or, votre loi exige, je crois, environ seize jours de publication… Eh bien! dès demain, nous pouvons nous occuper de cela… Maintenant, le notaire?…
—Cela, quand nous voudrons…
—C'est que les fonds ne m'arriveront pas avant quinze jours…
—Plaisantez-vous et croyez-vous que je veuille qu'on dépose en signant…
—J'aimerais mieux ça, insista le vieux Danielo… les affaires sont les affaires…