—Pardon, cher monsieur Danielo… je vous ai dit que je ne faisais pas une affaire…
—Alors… fixez vous-même.
—Je m'occuperai du notaire et, avant huit jours, nous terminerons.
—C'est cela… eh bien, topez là, mon neveu!… dit Danielo en lui tendant la main… et à votre bonheur! ajouta-t-il en levant son verre.
Puis étendu dans son fauteuil, ayant arrêté et conclu la situation de sa nièce, le vieux Moldave, heureux de vivre, tira de sa poche une longue pipe, la bourra lentement et l'alluma méthodiquement, pendant que Fernand faisait sauter le bouchon de la troisième bouteille de champagne.
À cette heure où, devisant amicalement avec son futur oncle, Fernand faisait sur l'avenir de beaux rêves d'or et de rose… une scène toute différente se passait près de la maison du boulevard Magenta; nous allons y ramener le lecteur.
III
DEUX VIEUX AMIS DE… QUINZE JOURS.
En face de la maison de banque et de commission Fernand Séglin, juste au coin d'une rue qui fait angle avec le boulevard Magenta, se trouvait un petit cabaret, un de ces cabarets qui tiennent le milieu entre le restaurant et le marchand de vin. Une boutique discrète, derrière les vitres de laquelle s'étendaient des rognons noirs, des côtelettes minces, des salades vertes, et, par-dessus tout cela, les petits rideaux blancs qui masquaient l'intérieur de la boutique.
C'était dans cette maison que les petits employés de la maison Séglin prenaient pension. Il y avait dans le fond de la grande salle, à gauche et comme isolée des autres, une petite table de marbre qui ne pouvait porter que deux couverts. À l'heure où tous les employés sortaient, c'est-à-dire de onze heures à midi, ils se plaçaient à la grande table qui se trouvait au milieu de la salle; les autres tables étaient occupées par les employés de diverses maisons du quartier; c'était dans le cabaret un envahissement. Les ouvriers et les garçons de magasin entraient, jouant, se bousculant, se poussant d'une claque sur les épaules, en criant joyeusement comme des enfants. Les vieux, l'air réfléchi, grognant, haussant les épaules de ces gamineries, entraient prendre leurs places.