—Espère! espère! je vous aiderai, nous serons deux… Garçon, une bouteille… et du pareil…
Lorsque cinq heures sonnèrent, il y avait cinq bouteilles sur la table et Martin chantait à Sper une chanson de son pays. Le concierge de la maison vint prévenir le premier que Ces messieurs partaient. Aussitôt l'habitude reprit le dessus. Martin se dressa et, marchant droit et raide comme l'ivrogne qui veut cacher sa situation, il traversa la rue et entra dans les magasins desquels sortaient les derniers employés. Sper, au contraire, semblait absolument de sang-froid; l'œil était allumé, les joues étaient plus rouges, le bout du nez luisait, mais la langue n'était pas embarrassée et les jambes étaient solides. Il se leva, alla au comptoir, paya et sortit en riant et en disant:
—Il y a un peu de roulis… Mais, espère, espère, je vais le piloter…
Et à son tour il traversa la rue et rejoignit son compagnon dans le magasin. Martin était penché sur la manivelle qui servait à manœuvrer la fermeture de fer, mais vainement il appuyait pour la faire tourner…
—Il s'endort sur le cabestan, murmura Sper… donne un peu que j'apprenne à tourner ton orgue…
—Va, fit laconiquement Martin en lui laissant la place.
En deux minutes le magasin fut fermé.
—Il faut ranger? demanda le nouvel employé.
—Non!… je ne suis pas en train aujourd'hui… puisque tu m'aides, demain nous commencerons plus tôt… Allons prendre l'air… on étouffe ici…
—Ça, c'est vrai!