Et ils sortirent par la cour. Une fois dans la rue, Sper demanda à
Martin:

—Où allons-nous prendre l'air?

—En face…

—Ah! farceur, va… c'est ça qui s'appelle de l'air…

—Oui, et nous dînerons.

Donnant le bras à son nouvel ami, Martin traversa la chaussée et rentra dans la petite gargote où ils se firent servir à dîner. Le dîner se prolongea tard dans la nuit, si bien que le garçon de magasin ne pouvait plus se tenir, lorsque, vers une heure du matin, le marchand de vin les ayant mis à la porte, Sper porta son camarade jusque dans le magasin. Martin était dans un tel état d'ivresse que son compagnon dut faire son lit et, sur la prière de l'employé, dut s'étendre sur un matelas, près du sien.

Moins de dix minutes après, le ronflement sonore de Martin ébranlait les carreaux; alors Sper, calme comme s'il n'avait bu que de l'eau, se leva, s'assura que son ami dormait profondément et se dirigea aussitôt vers l'escalier. Sans bruit il grimpa au premier étage, traversa les bureaux et entra dans le bureau particulier de M. Séglin.

Là il ferma soigneusement les grands rideaux des fenêtres, et, ayant fouillé dans ses poches, il en tira un trousseau de petites clefs; il ouvrit sans bruit les tiroirs du bureau et regarda les livres et la correspondance de M. Séglin. Un carnet lui parut plus intéressant sans doute, car il prit la copie de plusieurs feuillets.

Il resta plus d'une heure dans sa perquisition; enfin, ayant trouvé une liasse de traites échues et payées, il fouilla dedans et en prit une; il la serra précieusement dans son portefeuille et, après avoir bien soigneusement tout remis en place, il descendit doucement, éteignit sa lumière et se coucha sur le matelas étendu près du lit de son compagnon. Il glissa dans sa bouche une pastille, sans doute, et, plaçant sa tête sur son bras pour s'endormir, il dit tout bas:

—Espère! espère! Nous sommes parés maintenant…