Quelques minutes, et ce fut un duo formidable dans le magasin… un ronflement tel, qu'un agent de service en passant appuya son oreille sur la fermeture pour se rendre compte de la cause de ce bruit, et, croyant au travail des boulangers pétrissant leur pâte, il s'éloigna.

Vers six heures les deux amis s'éveillèrent; des excès de la veille, il ne restait plus trace. La force de l'habitude! Ils allèrent aussitôt «tuer le ver» en prenant un verre de vin blanc et revinrent préparer les bureaux et les magasins… Sper, qui avait servi dans la cavalerie, avait dans le nettoyage une allure bizarre pour un soldat; il était pieds nus et l'éponge ou la brosse à la main, vif, alerte, il sautait sur les comptoirs, grimpait dans les casiers, sans effort… semblable au matelot courant sur le pont, grimpant dans les haubans, lors de la toilette du navire. Martin était stupéfait de sa vigueur, de sa légèreté; assurément un homme de vingt ans n'aurait pas été plus agile. Aussi, en moins d'une heure le nettoyage fut-il terminé, et Martin disait:

—Jamais je n'en ai fait autant.

Le bureau du patron était symétriquement rangé, les meubles frottés, les tentures brossées, les papiers surtout absolument en ordre. Martin était émerveillé; c'était plus qu'un aide, c'était un remplaçant.

À l'heure où les employés devaient arriver, Sper se rendit chez le marchand de vin pour attendre son ami, pendant que celui-ci allait près du valet de chambre savoir les ordres du patron.

Il rejoignit presque aussitôt son camarade, ils se mirent à table et continuèrent à tuer le ver.

—Tu as fini? demanda Sper.

—J'ai fini ce matin, mais j'ai de l'ouvrage dans la journée.

—Il faut que j'aille chez moi et je me ramène aussitôt.

—Non, pour ça tu ne peux pas m'aider.