Et cependant, le lendemain, à dix heures, il était au Grand-Hôtel et priait le vieux Danielo de le présenter à sa fiancée. Il est vrai que chez la bouquetière, en faisant faire un bouquet, il disait tout bas:

—Il faut faire ses affaires…

Tous les jours Fernand se rendait au Grand-Hôtel; il passait une heure près de la belle Iza et revenait, se répétant toujours la même phrase:

—Suis-je assez ridicule près d'elle! C'est là le propre de ceux qui veulent parler d'amour en n'en ressentant pas.

C'est absolument le contraire, car l'amour se ressent, se devine et ne sait s'exprimer; mais Fernand ne voulait point se l'avouer. Il affectait avec l'oncle Danielo de discuter les clauses du contrat, alors qu'il aurait accepté toutes les conditions qu'on lui aurait dictées, et son mensonge du premier jour était devenu une vérité.

«Depuis que j'ai vu Mlle Iza… je l'aime, et c'est un mariage d'amour que je vais faire. À cette heure, vous auriez modifié les conditions premières que je passerais outre. Ce n'est plus le négociant qui agit, c'est l'amoureux.»

Le jour où le soir même on devait aller chez le notaire, Fernand était dans le salon de l'appartement d'Iza; le vieux Danielo était dans son appartement, écrivant. Les deux fiancés étaient près de la fenêtre grande ouverte sur le balcon: Iza dans un grand fauteuil, Fernand assis presque à ses pieds sur une petite chaise basse.

Sur le boulevard, un monde s'agitait, bruyant, affairé; il y avait des flots de foule sur le trottoir qui, semblant prêts à se heurter, se mêlaient et se confondaient sans secousses, au milieu d'un bruit assourdissant, où rien ne ressortait de distinct. Sur la chaussée, les fiacres et les omnibus se croisaient, cherchant à se dégager d'une triple file d'équipages qui revenaient du bois. Au-dessus s'étendait le ciel pourpre du coucher du soleil des jours d'été.

La jeune Iza paraissait admirer cette vie bruyante…

—Iza, dit Fernand, croyez-vous pouvoir oublier à Paris votre beau pays?