Cette fois, au contraire, il désirait l'âme de cette jeune fille; les charmes de la femme l'éblouissaient, mais il admirait, il respectait, il adorait enfin. Cet amour aurait tué celui qui à cette heure se serait placé sur son chemin; il lui semblait avoir trouvé, découvert Iza, elle lui appartenait, et les regards qu'on lui adressait le faisaient souffrir.
Lui, le cynique, le dépravé, pour parler à cet enfant, il châtiait son langage: le langage du vieil oncle Danielo lui donnait des crispations; il supportait avec peine le ton familier du vieux Moldave, ses façons irrespectueuses de traiter les femmes. Iza, c'était pour lui la madone qu'il venait chaque jour prier, aimer et adorer.
À genoux à ses pieds, la voyant sourire, il reprit avec exaltation…
—Iza, vous ne vous doutez point de ce que je souffre… À ces heures seulement, je suis heureux, je suis près de vous et nous sommes seuls… Mais, lorsqu'au bois chacun vous regarde, lorsque dans la rue on reste ébloui sur votre passage… lorsqu'au théâtre les lorgnettes sont braquées sur vous… je voudrais pouvoir insulter ces hommes… Il me semble qu'ils vous outragent… Je le sens bien, je deviens fou… Que voulez-vous? Je vous aime!
—Et vous serez toujours ainsi?
—Toujours!… Oh! si vous saviez quels tourments je traîne sans cesse, quels doutes me tuent!
—Quels tourments? quels doutes?…
—Iza, je vous aime, nous allons ensemble lier notre vie… Je crains que la volonté de votre oncle ne vous fasse faire un mariage de raison… Je crains que vous ne m'aimiez pas.
—C'est ce doute qui vous attriste!
—Je voudrais vous entendre, Iza, dire une fois ce mot…